De l’art de sublimer ses frustrations

Aujourd’hui, ils sont nombreux à vanter les mérites de l’échec. Tous ces gens aux parcours cabossés et qui brillent aujourd’hui, plein de succès : ils nous vantent la nécessité de dépasser les échecs, les déceptions, les frustrations et de toujours se relever. Reprendre son baton de pèlerin et poursuivre la route qu’on a empruntée, malgré les tempêtes, les orages et le ciel sombre au fond de l’horizon. Ils parlent presque de l’échec avec une forme de nostalgie. On en parle aussi bien que quand on l’a quitté, l’échec. Pas quand ils nous collent aux basques.

Je vous dis ça parce que j’ai parfois des relents de frustration qui jaillissent malgré moi, malgré mon enthousiasme, malgré la « positive attitude », malgré l’abnégation. Ce matin j’ai appris qu’une fille que j’ai rencontrée il y a 7 ans à Paris venait de publier son 4ème roman, dans une bonne maison d’édition française. Et moi, où est-ce que j’en suis ? La comparaison entre nos routes littéraire est frustrante.

Je l’avais rencontrée lors d’un concours d’écriture live organisé par Short Edition dans un bar corse du 7ème arrondissement de Paris. Je n’avais pas pu rester l’après-midi et je lui avais demandé de me tenir informé s’il devait se passer quelque chose, elle habitait Bruxelles aussi.

Et vers 20h elle m’a appelé pour me dire que j’avais gagné le concours et qu’elle ramenait le trophée avec elle. Aujourd’hui le trophée est toujours chez elle ou il a plus probablement fini sur une brocante.

Il y a 7 ans, nous étions donc côte à côte dans les cafés de Paris, à rêver de littérature. Il y a 5 ans je publiais mon premier roman. Il y a 4 ans j’étais lauréat au festival du premier roman de Chambéry, aux côtés de Valérie Perrin, avant qu’elle ne devienne une écrivaine phénomène, d’Alexandre Civicot, de Michel Moutot, qui ont tous publié d’autres romans. Je cotoyais à l’époque Mathias Enard ou François Henri Désérable, nous faisions partie du même monde.

Que s’est-il passé depuis ?

Ils ont tous grandi en littérature et j’ai l’impression d’être resté à quai. On avait pourtant embarqué dans le même train. Alors que s’est-il passé ? Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir désappris à écrire. Je n’ai pas l’impression d’avoir délaissé les rêves de littérature. J’ai écrit 4 manuscrits dont je pense que 2 sont réussis et mériteraient une publication. Mais donc voilà. Je suis revenu au point de départ, je cherche un éditeur, j’envoie les manuscrits par email ou par courrier, je prie Sainte Rita et j’espère simplement une réponse. Et ces anciens collègues, ces anciens camarades de jeu, avec qui tout a commencé, continuent de publier régulièrement. Ils vivent leur carrière littéraire. Alors que je regarde la mienne de loin, voguer en pleine mer, dans l’espoir qu’on vienne la secourir.

La persévérance vient à bout de tout. (surtout de soi-même)

Proverbe Français

Mais je ne vois pas d’autre issue que de continuer, de persévérer. Il n’y a pas d’autre choix que la nécessité de continuer, d’écrire ce qui brule, ce qui vibre. Malgré les colères froides et les frustrations. Malgré les désillusions.

Et maintenant ?

Je partirai bientôt une semaine dans une maison isolée de l’autre côté du fleuve, coupé du monde, en proie aux démons de l’inspiration, aux tourments de la création. Et je finirai ce temps-là, humilié par des forces supérieures, laminé par la littérature qui toujours finit par me terrasser. Et puis alors reviendra l’espoir. Parce qu’il revient toujours.

Et j’espère que de là jaillira quelque chose de concret, de réel. Quelque chose qui me permette de reprendre le train de la littérature, parce que je suis resté à quai trop longtemps. Et qu’au fond, je ne crois pas que ça soit mon destin.

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