Les Impliqués : usurpateurs de rêve

 Il y a quelques jours j’ai reçu des Editions l’Harmattan un email indiquant que mon manuscrit ne leur convenait pas mais qu’ils recommandaient chaudement le texte à une de leur filiale : les éditions Impliqués.

Evidemment, le principe est connu, usé jusqu’à la corde mais fonctionne toujours.

On créé une frustration chez l’auteur mais, finalement, gloire à Dieu, il aperçoit une lumière au fond de cet interminable tunnel du monde de l’édition : une recommandation positive et la possibilité d’être publié.

Dix jours plus tard (la promesse du mail de l’Harmattan était une réponse sous 10 jours), un dimanche à 5h du matin : le manuscrit est accepté. Ce qui est intéressant, c’est tout ce que le mail ne dit pas. Et, surtout, évidemment, les fameuses pièces jointes dont un brouillon du contrat (et les consignes de mise en page !).

Alors, en ce beau et frais dimanche matin, je me suis fendu d’un petit mail de réponse que je vous partage par amour de mon prochain :

Courrier envoyé ce jour à Mr le responsable éditorial des Impliqués éditeurs (LOL) :

Evidemment, depuis le mail de l’Harmattan indiquant que le manuscrit vous avait été transmis avec recommandation positive, j’attendais de voir de quel bois vous vous chauffiez.

Déjà, merci, vous ne m’avez pas déçu.

Votre mail ne comprend, évidemment, aucune référence littéraire au manuscrit que vous choisissez de publier. Rien, pas une ligne sur ses qualités ou ses défauts. Évidemment, il faudrait pour ça le lire, ce manuscrit que vous souhaitez publier. Vous n’en faites pas mystère, vous ne le lirez jamais : « le manuscrit sera passé au correcteur orthographique automatique uniquement sur une dizaine de pages après l’envoi de l’épreuve définitive ». Il ne faudrait quand même pas qu’un être humain perde son temps à lire les daubes que vous publiez à la pelle.

Mais ce n’est pas le plus grave.

Vous forcez l’auteur à acheter 50 de ses ouvrages. Et aucun droit d’auteur n’est reversé à l’auteur sur les 500 premières ventes. Au-delà, on passe sur du 4% puis sur du 6%. Là, ça force le respect. C’est la méthode Arsène Lupin, un braquage en plein jour, sans vous cacher. Bon, à ce stade, on ne va pas s’éterniser sur la question : »Qu’est ce qui légitime qu’un auteur ne reçoive aucune rétribution pour son travail ? ». Cette question, pour vous, c’est du flan.

Bon, après, on peut quand même être surpris du manque d’implication TOTALE des Impliqués dans le processus. Vous ne faites absolument rien, pas de mise en page, pas de création de couverture, pas d’intervention humaine à AUCUN stade du processus de publication. Évidemment, il n’y aura aucune promotion, au mieux vous allez envoyer un email poussiéreux à une liste de 50 contacts fournis par un auteur désespéré. Dans la liste, il y aura d’ailleurs des anciens professeurs, sur qui l’auteur avait une vieille revanche à prendre. Malheureusement, ils sont décédés depuis un moment. Ça fera des ventes en moins. Mais est-ce que ça vous intéresse ? Vous n’êtes pas dupe, Monsieur Chrétien, la plupart de vos ventes vous les faites avec les 50 exemplaires imposés à l’auteur. Avec réduction sans doute, grands seigneurs que vous êtes, aux éditions Les Impliqués. Bon après, vu le niveau d’investissement, vous ne devez pas être beaucoup à vous croiser dans les bureaux.

Merci pour votre proposition, que je me vois dans l’obligation de décliner puisqu’elle ne provient pas d’un éditeur.

Si je m’ennuie que mes daubes ne soient pas publiées, j’irai chez l’imprimeur du coin sortir 50 exemplaires pour les distribuer à mes voisins qui se moquent tout autant de me lire. Le résultat est le même, juste un peu plus honnête.

Bien reçu votre mail empli de violence, de frustration et d’aigreur

 Mais comme Mr l’éditeur a du temps libre le dimanche et qu’il est bien élevé, il me répond dans la foulée :

Alors, je ne vais pas m’éterniser dans un ping pong d’emails et un échange usant et inutile.

Mais je te livre en exclusivité la réponse que je ne lui enverrai pas, cher mon lecteur.  

Monsieur, merci pour votre diligence bla bla bla (c’est faux, je n’ai rien d’un cowboy, je ne parlerai pas de diligence), je constate que vous répondez sur la forme et non pas sur le fond. Qui plus est, sur la forme, vous semblez confondre l’aigreur et la colère. Je suis en colère que des sociétés comme la vôtre, légale, qui ont pignon sur rue, existent. Vous êtes des voleurs, des usurpateurs des rêves des wanna be auteurs. Je suis en colère que vous puissiez, en tout impunité, abuser de ces gens-là, pire, vivre sur le dos de leurs rêves.

Je pense également que vous confondez humilité et soumission. Il en faut pour que les auteurs que vous publiez acceptent au bout du désespoir de se faire extorquer et détrousser en toute légalité par votre société.

Enfin, je ne doute pas qu’il existe des auteurs beaucoup plus talentueux que moi, et peut-être même que certains sont publiés chez les Impliqués. Mais si c’est le cas, vous n’en savez rien, puisque vous ne lisez pas les livres que vous publiez.

C’est sans doute dans l’air du temps, en effet, de voir un potentiel de développement commercial dans l’espoir fou d’un auteur d’être publié. De profiter de sa frustration née du silence ou du refus des (véritables) éditeurs pour lui imposer des règles qui sont contraires au droit français et aux dispositions d’ordre public du Code de la propriété intellectuelle (comme l’absence de droit d’auteur sur les 500 premiers exemplaires vendus).

Mais bon, je laisse à d’autre le soin de faire valoir leur droit devant les tribunaux.

Pour conclure, je dirais quelque chose comme : mon mail n’est pas violent Mr Chrétien, tout au plus virulent. Ne prenez pas cette pose d’éditeur bienveillant, protecteur de ce qu’il publie, effarouché par quelques mots secs envoyés par mail. Nous savons tous les deux que la violence que vous utilisez pour abuser des rêves de vos auteurs est autrement plus brutale.

Un lecteur averti en vaut deux cher mon lecteur, évite de croiser la route de :

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