Ta voix compte dans le duel d’un maudit auteur VS l’IA
J’ai besoin de toi cher mon lecteur. L’éditeur qui partage des textes très très courts via des distributeurs disposés dans les salles d’attente des gares, des hopitaux ou des bibliothèques, vient de me contacter car il lance un appel à textes sur le thème « science-fiction ».
Pas mon terrain de jeu de prédilection, et alors ? Voici trois textes de moins de 8000 signes. Je te demande de me dire lequel tu préfères. Pour épicer un peu l’affaire, deux de ces textes sont de moi et un de l’intelligence artificielle. Le détecteras-tu ? Ou arrivera-t-il en tête des suffrages ? J’avoue que je crains un peu le verdict de l’exercice. Si je suis battu par un texte d’IA, j’arrête définitivement le court, je te le dis cher mon lecteur. Mais no fear, no fun.
- Colorado Sauterelle
Bill Murphy sort de son pick-up en boitant. Un taureau lui a broyé le pied alors qu’il auscultait une génisse sur les plaines brûlées du Colorado.
Depuis quelques semaines, des dizaines de ses animaux ont disparu. Comme volatilisés. Aucune trace d’effraction ou d’intrusion. Juste de l’herbe brûlée sur de petits cercles dispersés à travers les prairies.
Alors Bill patrouille. Deux fois par semaine, il vérifie ses bêtes et ses clôtures.
Il aime pas causer, Bill Murphy. Alors ses mâchoires se mettent à grincer quand il aperçoit un homme assis sur le pas de sa porte.
Il plante son pied en mauvais état dans la poussière, le soleil lourd par-dessus le crâne et il s’enfile une nouvelle giclée de bourbon qui lui brûle la gorge. Ça lui laisse le temps de jauger le type. Avec ses fripes trouées, son chapeau rond et ses airs de vagabond, il ne lui dit rien de bon.
Le type déplie sa longue carcasse maigre.
— Désolé de vous importuner, étranger. Je suis venu de loin pour vous voir.
Bill Murphy calle ses mains contre ses hanches. Ses genoux le soutiennent de plus en plus difficilement.
— Moi ?
— On m’a dit que vous aviez besoin d’aide.
Bill ricane.
— Des foutaises. J’me débrouille seul.
— Ce n’est pas ce que j’ai entendu.
Le vagabond balaie l’air de la main. Il doit bien faire 2m20. Bill Murphy n’a jamais vu un homme de cette taille.
— Comment que z’êtes arrivé jusqu’ici ?
Bill Murphy le regarde en fixant son torse maigre. Pour apercevoir son visage, il a l’impression de devoir regarder aussi haut que le soleil.
— Avec patience, mon brave. Beaucoup de patience.
Le vagabond a des longs doigts étranges, très fins, qui ne donnent même pas l’impression de pouvoir agripper un petit ballot. Il se met à siffloter un air étrange, directement de la gorge.
— J’suis pas intéressé. Passe ton chemin.
Bill Murphy rentre chez lui et réchauffe une boite de haricots rouges. En attendant, il écoute la radio jouer un morceau en sourdine. Le vent dehors fait grincer le portail.
Par la fenêtre, il aperçoit l’étranger au corps de gigantesque sauterelle déplier ses jambes de manière étrange. Il s’assied sur la barrière, le chapeau rejeté en arrière. Il n’a visiblement aucune intention de partir.
Bill Murphy sort sur la véranda. Il porte son colt à la ceinture, l’air aussi déterminé qu’on peut l’être à 65 ans, crevant de douleur, par une journée étouffante d’août.
– Fous-moi le camp étranger. T’es pas le bienvenu ici.
La longue sauterelle à forme humaine pivote son visage anguleux. Un brin d’herbe glisse entre ses dents courtes et noires.
– Il n’est pas question de ça. Je suis là et je ne m’en irai pas car je n’ai en effet aucun autre endroit où aller. On m’a envoyé ici. Je te suggère d’accepter l’aide que je suis venu amicalement te proposer, il n’y aura pas d’autre offre aussi cordiale.
Ses yeux pivotent alors sur eux-mêmes et ce que Bill Murphy y aperçoit le pétrifie. C’est le diable qu’il voit dans ces yeux. Des yeux orange, vifs. Et terriblement mauvais.
Bill Murphy n’a plus tiré sur un homme depuis des années. C’était il y a longtemps, il y a des siècles même. Maintenant, ses doigts tremblent. Il baisse le visage pour vérifier que le colt est chargé. Cinq munitions dans le barillet. Ça devrait suffire.
Il pointe le Revolver droit devant lui. Le vent traverse la plaine.
Quand il relève la tête, il n’y a plus personne.
Le vagabond à la forme de sauterelle a disparu.
Bill Murphy s’avance. Le bois de la terrasse craque sous ses santiags. Il descend les escaliers, son pied ratatiné derrière lui.
– Je vais te trouer la peau en moins de deux, satané vaurien. T’ferais mieux de décamper sur le champ.
Dans le hangar, derrière le vieux tracteur rouillé et la herse, il n’y a que des rats. Dans la remise, seulement la faucille, la bêche et la houe. Aucune trace de cet énergumène mystérieux.
Bill Murphy rentre chez lui. Ses haricots ont brûlé au fond de la conserve. La radio diffuse une chanson de JJ Cale Don’t go to Strangers.
Avant de s’endormir, Bill Murphy inspecte les alentours par toutes les fenêtres de la petite maison sans étage. Il ne décèle rien d’anormal. En réalité, ses yeux se sont habitués depuis longtemps aux petits changements qui s’opèrent depuis des mois sans qu’il ne remarque rien.
Il s’endort sur sa paillasse. D’un sommeil lourd et sans rêve.
Il n’aperçoit rien dehors du remue-ménage, des lumières qui traversent le ciel, se posent au milieu des prés puis s’éloignent. A vrai dire, personne ne remarque rien. Personne d’autre que Bill Murphy n’habite dans ce recoin du Colorado.
Quand le jour se lève, Bill Murphy ouvre les yeux. Le ciel a une couleur étrange. Et le troupeau de bovins s’est rassemblé contre la barrière derrière la maison.
– Qu’est-ce c’est que ce bordel ? Z’étaient à plus de dix kilomètres hier, dans la partie de prairie avec de l’herbe fraiche, à côté de la rivière.
Son pied a gonflé pendant la nuit, dans sa Santiag qu’il n’enlève jamais pour dormir.
Le taureau qui lui a réduit le pied en bouillie est là. Devant lui. Les taurillons, les vaches et les génisses tournent autour de lui, nerveux. Bill Murphy attrape son colt, le pointe vers le ciel.
– Qu’est ce qui vous prend maudites bêtes ? Retournez brouter ! Allez ! Du balais !
Et alors que son doigt pressait lentement la détente, il se met à trembler de tout son coeur. Le diable. Le diable à nouveau. Il a plongé son regard dans celui du taureau et il y a vu ces yeux orange, vifs et mauvais. Il a si peur qu’en reculant il tombe au sol.
Les vaches s’éloignent et disparaissent derrière le hangar. Bill Murphy observe. Maintenant ce sont des hommes sauterelles qui en sortent, debout, la démarche cassée en deux, encore plus grands qu’hier. Ils sourient et il n’y a plus de dents, juste un immense trou noir. Leurs yeux sont complètement oranges. Ils passent devant Bill Murphy, toujours au sol. Ils ne lui prêtent aucune attention. Ils marchent en ordre dispersé, ils rentrent dans la maison, se dirigent vers la remise. Le taureau continue de dévisager Bill Murphy. Il ne le lâche pas du regard, comme s’il lui ordonnait de rester couché dans la poussière.
Les homme sauterelles ressortent de la maison avec quelque chose qui ressemble à de la pierre entre les mains. Et alors, le tableau entier se met à perdre sa couleur. L’herbe se grise, le soleil se fane, le ciel devient une immense flaque lumineuse sans aucune teinte. Bill Murphy est toujours au sol. Des lumières rapides traversent le ciel au-dessus de lui. Il ne les voit pas, il les ressent. Autour de lui, plus rien ne bouge. Il n’y a plus de bétail, plus d’homme sauterelle.
Et puis, une force nouvelle pousse Bill Murphy à se lever. Il se dirige vers la lumière. Il ne sait pas où il va. Mais il ne se pose aucune question. Pour la première fois depuis des années, il n’a plus de doute. Il marche vers la lumière. Et dans son regard, percent alors les premiers reflets orange.

2. Taxes sur les rêves
Depuis la Loi sur l’Optimisation du Sommeil (2037), chaque rêve doit être déclaré.
À l’origine, c’était une mesure de santé publique : réguler les insomnies, réduire le stress, optimiser la productivité. Puis les industriels sont arrivés, avec leurs graphiques et leurs sourires. Résultat : tous les rêves sont scannés, indexés, vendus aux annonceurs qui y injectent des produits : parfums, boissons, vêtements, destinations.
Au réveil, vous retrouvez votre rêve, enrichi et sponsorisé. Pour le savourer, vous payez une taxe proportionnelle au plaisir ressenti, calculée par un algorithme d’ocytocine et de dopamine. Un cauchemar ? Gratuit. Un lever de soleil sur une plage sponsorisée par une marque de crème solaire ? 7,20 crédits.
La plupart des gens s’y sont faits. On dit que ça finance la Sécurité sociale.
Je suis inspectrice onirique de troisième catégorie, section 4B — « contenus non monétisés ». Mon rôle : pénétrer dans les rêves suspects pour vérifier qu’aucune image n’échappe à l’économie. Les souvenirs bruts, les paysages improvisés, les dialogues spontanés — tout ça, c’est du manque à gagner pour l’État et pour les plateformes de rêve.
Officiellement, je lutte contre « l’évasion fiscale émotionnelle ». Officieusement, je perçois des impôts sur l’imaginaire.
Ce matin, ordre d’intervention prioritaire :
Nom : Naël Vertemare
Âge : 34 ans
Score de conformité : 99,7 %
Anomalie : segments de sommeil « hors réseau » récurrents.
Les hors-réseau, on les croise chez les clochards des zones grises ou chez les vieux qui refusent les implants. Pas chez un employé modèle de maintenance orbitale.
Naël est déjà installé dans une chambre réglementaire. Parquet en résine, lit à absorption sonore, murs gris sans décor. Les capteurs enserrent ses tempes comme des menottes élégantes. Je resserre ma veste, avale un shooter de caféine — dans mon métier, un rêve peut durer deux minutes ou trois heures, et il faut rester lucide. Mon casque d’intrusion vibre au contact de ma peau. Connexion.
Un souffle chaud me frôle la joue.
Je suis debout dans une plaine dorée, infinie. L’herbe ondule comme une mer, et l’air a ce parfum de blé mûr que je n’ai pas respiré depuis l’enfance. Pas d’enseignes holographiques, pas de nuages ornés de slogans. Le ciel est d’un bleu saturé interdit par les agences : trop mélancolique.
Au loin, une silhouette court pieds nus. Elle rit. Pas un rire préenregistré, mais un son brut, imparfait, qui serre la gorge.
Je m’avance, inspectant comme on fouille un appartement : pas de produit placé, pas de texture brevetée, pas de lien de conversion. Tout est brut, organique. Un rêve illégal pur jus. Ça vaut une amende démesurée pour le rêveur, et pour moi, une prime d’efficacité.
La femme se retourne. Ses yeux accrochent les miens.
— Vous ne devriez pas être ici.
Impossible. Les rêveurs ne perçoivent jamais l’inspecteur. C’est la première règle.
Je coupe net la connexion.
De retour dans la chambre, Naël dort encore. Ses relevés montrent un pic émotionnel violent, une signature neurologique inconnue.
Rapport minimal : Inspection effectuée. Contenu vide. Aucun élément exploitable.
J’envoie.
Les jours suivants, je reviens. Officiellement pour « suivi d’anomalie ». Officieusement… pour elle. Chaque nuit, même décor : la plaine, la lumière dorée, le vent tiède. Parfois elle marche, parfois elle m’attend. J’y reste des heures. Mon cœur ralentit là-bas, mes poumons semblent plus grands.
Dehors, c’est une autre histoire. La ville suinte le plastique chaud. Les trottoirs sont tapissés d’écrans verticaux qui diffusent les rêves sponsorisés de la nuit précédente. Les passants s’arrêtent devant un coucher de soleil artificiel sur les Maldives — il sent la margarine, coûte 3,90 crédits la minute. Dans le métro, les annonces ne donnent plus l’heure : elles suggèrent « la meilleure tranche horaire pour rêver malin » et proposent des crédits de réduction sur les packs oniriques. Même les murs d’immeubles écaillés affichent, par projection discrète, les rêves premium des habitants, transformant la ville entière en un cauchemar doux et rentable.
La troisième semaine, elle est assise dans l’herbe, m’attend.
— Vous savez ce que c’est, ici ?
— Un rêve illégal.
Elle rit, un rire qui fend l’air comme une éclaircie.
— Non. C’est un rêve libre. Ça n’existe plus dehors, alors on le fabrique dedans.
— « On » ?
— Nous. Ceux qui refusent. Ceux qui se souviennent.
Je comprends : ce n’est pas son rêve, mais le nôtre. Connectés par un accident ou par sa volonté, peu importe. Nous avons créé un endroit hors taxe, hors contrôle.
Ça n’a pas duré.
Un matin, mon chef m’attend dans son bureau saturé de parfum synthétique « bois ancien ». Derrière lui, un écran diffuse un rêve publicitaire : une famille souriante pique-nique dans un champ. Les sandwichs portent chacun un logo différent.
— On a une fuite massive de contenus non monétisés, dit-il. Tu sais d’où ça vient ?
Je mens.
Il active l’hologramme : la plaine dorée, la femme, moi courant derrière elle.
— Rêver sans licence, c’est un crime. Deux options :
- Effacement complet de ta mémoire onirique.
- Réintégration du rêve dans le catalogue publicitaire, pénalités à vie.
Je signe pour l’effacement.
Dernière nuit avant la procédure. La lumière est plus intense que jamais. L’herbe me frôle les jambes comme si elle avait attendu.
— Demain, on me supprime, dis-je.
Elle sourit, se lève.
— Non. Demain, on recommence.
— Et si je ne me souviens plus ?
— Alors je te rappellerai.
Le lendemain, je me réveille dans une chambre neutre. Les murs sont gris, l’air sent le désinfectant. Je ne me souviens plus de mon nom, ni de mon métier. On m’a dit que je travaille dans « l’administration ».
Mais derrière mes paupières, il y a une lumière dorée. Et une femme qui court, pieds nus, vers l’horizon.

3. Le cerveau de cochon
Depuis 15 ans, on n’enterre plus les morts. On brûle les corps sans cérémonie. La cérémonie a lieu lors de la transplantation du cerveau dans un corps entièrement robotisé, à l’aspect neutre, déterminé par le mois et l’année du décès – carlingue bleu chromée pour les morts de février 2152.
Astor Beringer aimait sa fille. Il aimait les matins flamboyants, il aimait se rouler dans les draps avec elle, lui faire éclater un bisou mouillé sur la joue. Il aimait entendre son rire surgir comme un hoquet. Il aimait l’emmener nager au lac – faire du vélo en roue arrière sur les chemins de terre.
Sal avait 7 ans. 7 ans quand elle a été aspirée par la limousine volante d’un homme d’affaires aux 750 millions de suiveurs.
La mort a rapidement été classée comme accidentelle par les agents robotisés arrivés rapidement sur les lieux. Il n’y a donc eu aucun dédommagement.
Astor Beringer fait partie de la classe laborieuse. La classe sans droit. Les gouvernements du monde entier se sont inspirés du modèle des castes indiennes afin de stratifier de manière beaucoup plus claire la société. Et afin de cesser d’importuner la marche forcée du monde par des requêtes ridicules et chronophages. On a donc classifié les gens, un processus qui a pris 30 ans, un temps beaucoup plus long que prévu à cause des nombreux recours, rejetés par les tribunaux spéciaux mis en place – motifs infondés.
Le grand-père d’Astor Beringer ne s’était pas battu, il avait accepté le sort de toute sa lignée avec lassitude. Il savait que le combat était perdu d’avance. Classe laborieuse. Ce n’était pas la pire, la classe négligeable.
Enfin, suite à cet accident, Astor Beringer n’avait aucun recours possible, la cause étant accidentelle.
Le problème, c’est qu’aucun transfert vers un corps robotisé n’est possible si le cerveau a été endommagé. Il existe bien des chirurgies réparatrices mais elle coute une fortune qu’Astor ne peut pas se permettre si aucun tribunal ne reconnait la responsabilité du chauffeur. Et aucun tribunal ne prendra en compte sa plainte.
Astor Beringer habite une petite maison à proximité de la forêt. Il travaille dans cette forêt. Après des heures à couper du bois, il rentre chez lui. Il ne mange plus depuis la mort de sa fille. Au-dessus de la cheminée, il a construit un petit autel, pour « Sal ».
La porte du frigo est ouverte. Il est vide. Il y a uniquement ce tupperware au milieu, avec le cerveau de Sal à l’intérieur.
Astor monte se coucher. Il passe devant la chambre à coucher de sa fille. Les draps sont défaits comme si elle venait de sortir du lit. Les peluches sont au pied du lit, la tête à l’envers. Elles attendent. Astor ne supporte pas l’injustice. Et cette injustice là, que le cerveau de sa fille moisisse dans son frigo, elle lui est encore plus insupportable.
En 2152, le mot deuil a été supprimé du dictionnaire. La mort, l’absence, ça n’existe plus.
Alors, quand la mort réapparaît, c’est un sentiment effroyable qui vous étouffe.
Astor ne dort pas. C’est une nuit de pleine lune.
Et puis. Une idée jaillit.
Dans son congélateur, il y a une tête de cochon que son collègue lui a ramené il y a deux semaines.
L’Etat régule tout. Pour les « laborieux », l’alcool est interdit et pour se nourrir, ils reçoivent de la poudre à mélanger à de l’eau. Alors, des fermes clandestines ont vu le jour, à l’abri, dans les forêts denses. Bien souvent à côté de centres de distillation. En échange de quelques litres d’éthanol, Astor a récupéré une tête de cochon. Il attendait un jour de fête pour la préparer.
Astor se lève en vitesse. Il a une scie à métaux qui fera l’affaire pour s’attaquer au crâne congelé. Il pose son matériel sur sa table, du fil, des aiguilles, un couteau aiguisé. Qu’est-ce qu’il lui faut d’autre ? Il n’a jamais fait ça.
Il ramène sur la table de la cuisine toutes les lampes de la maison et les dispose à côté du crâne porcin et du tupperware. Scier, il sait faire. Il ne sait même faire que ça, si on demandait à l’Etat. Les yeux du cochon semblent le dévisager d’un air surpris.
– Qu’est ce que tu fais là, Amigo ? On tente un geste désespéré ? Ça pourrait te valoir des ennuis.
Astor analyse le cerveau de sa fille et vérifie la partie endommagée.
– Rien ne pourrait être pire que ce que je vis en ce moment. Alors, on y va.
Il mesure la dimension précise, délimite au marqueur les tissus endommagés et se met à inciser la texture molle.
Astor relève le visage. Il observe les cerveaux découpés sur la table de sa cuisine. Rester lucide. Concentré. Il avale une bonne dose d’alcool frelaté de myrtille.
– Il faut du courage quand on s’attaque à ce genre de défi.
Le cochon le regarde. Il semble lui donner raison.
Ensuite, il faut coudre. Recoudre. Les doigts glissent sur la texture gélatineuse. Puis le fil se casse. Il faut de la patience aussi. Une nouvelle rasade à quoi ? 50% ? Tenir le coup. Ne pas flancher.
La lune joue son rôle et éclaire ce qu’elle peut par la fenêtre.
Quand elle s’efface et que le jour se lève, l’opération est terminée.
Astor Beringer est assis sur une chaise de la cuisine. Il contemple son œuvre. Un cerveau intact – complet. On y voit que du feu.
Il commande un taxi qui arrive en faisant vrombir ses turbines.
Il faut à peine 25 minutes pour parcourir les 150 km qui le sépare du Centre de Transfert des Données Biologiques. Astor se présente avec un certificat en bonne et due forme falsifié et le cerveau de Sal.
Au comptoir, il joue les impatients.
– A quelle heure est-ce que je peux récupérer le robot ? On m’attend au boulot.
– Vous n’êtes pas prioritaire Monsieur… Monsieur Beringer.
L’humanoïde (une intelligence artificielle robotique dans un corps humain) le regarde avec un sourire poli.
– Mais je vois que le décès remonte à plus de 48h. Nous faisons le nécessaire d’ici 15 minutes.
A travers les grandes vitres du quatre-vingt quatrième étage, des hommes et des femmes se déplacent à toute vitesse dans des larges tunnels transparents. Par-dessus, des taxis, des limousines. Le soleil n’a jamais semblé aussi loin de la Terre qu’à cet endroit se dit Astor. Il observe le spectacle fascinant de la Ville, les mains croisées dans le dos. Il essaie de ne pas envisager le pire. Respirer. Inspirer. Expirer.
– Papa ?
Derrière lui, un robot bleu chromé.
– Papa, qu’est-ce que tu fais là ?
Astor glisse ses doigts sur le métal froid de la carlingue.
– Sal ! Sal ! Comment vas-tu ?
Sal n’a plus besoin de dormir, la nuit, elle se désactive. Impossible de se rouler dans les draps, de nager, de faire du vélo. Astor touche le crâne du robot par habitude. Sal est là. Sal n’est plus là. Ce matin, à la table du petit déjeuner, Astor prépare des œufs brouillés, la force de l’habitude. Sal n’a plus besoin de manger. Elle doit être rechargée une fois par mois. Astor l’embrasse en partant au boulot. C’est toujours un métal froid. Inhospitalier.
Ce jour-là, dans la forêt, la douleur est tenace. C’est le manque, le manque physique qui est terrifiant. Il ne peut pas. Il ne peut pas supporter cette barrière physique. Impossible. Sa fille, c’était ses bras potelés, ses dents courtes, ses joues qui se plient dans un sourire. C’était son ventre qui se gonflait en imitant les cochons.
S’il ne peut plus la toucher, la sentir contre lui, alors ce corps ne lui sert plus à rien. Il ne fait qu’accroître la distance entre eux.
La décision est facile à prendre. Il n’y a pas d’alternative.
Il avale une demi bouteille d’alcool de myrtilles. Il patiente 10 minutes que l’effet se fasse ressentir. Il prévient ses collègues. Et la tronçonneuse lui découpe le buste.
Son corps est mort 5 jours après celui de sa fille. En mars 2152, c’est une coque jaune moutarde pour tous les « laborieux ».
Il franchit la porte de sa maison. Le robot bleu chromé est installé face à la fenêtre. En entendant du bruit, il se retourne.
– Bonjour Monsieur.
– Bonjour Madame, répond le robot jaune moutarde. Ravi de vous rencontrer.
Sur la table, le cochon a l’air désespéré.
🗳️Alors, quel est ton texte préféré ? Partage moi ton choix en commentaire ou directement en privé sur les réseaux, je compte sur toi cher mon lecteur



Nicole H
août 21, 2025mon préféré est » Taxe sur les rêves »
Peut-être simplement parce que je suis une femme et que je le ressens comme à la fois « scientifico- fictif » et romantique….
Ah …mettre des petits cœurs partout dans les messages…j’ aime beaucoup 😅
Domi
août 21, 2025Numéro 1 Cochon, numéro 2 Rêves, numéro 3 Sauterelle ! 🤔 Où est l’IA ?
Mélo
août 21, 2025Alors celui que j’ai préféré est le 2 (taxe sur les rêves), je le trouve joli. Ensuite le 3 et le 1 (je n’ai jamais trop accroché avec le thème farwest). Je dirais que celui rédigé par l’IA est le 3eme texte.
Alors, même si l’IA gagne cette partie d’écriture, j’ai envie de t’encourager à continuer d’écrire ce genre d’exercice. Pas pour prouver que tes écrits sont meilleurs que ceux de l’IA mais pour le plaisir, pour te lancer un défi à toi même avec cet exercice, pour ouvrir une nouvelle porte sur une thématique comme la science fiction qui n’est pas celle que tu préfères mais qui te permet de tenter une nouvelle expérience d’écriture. Reste l’amateur qui écrit avec amour comme dirait Lou 😉
Cece VanNy
août 21, 2025J’hésite entre le texte 2 et le texte 3. Allez, le numéro 2! C’est lequel celui de l’IA alors ?
gg
août 21, 2025Par ordre de préférence : rêves, cochon, et en dernier farwest (qui me faisait penser au film Signes avec Mel Gibson). Pour l’IA, j’avais une idée.
Après, j’ai demandé à une IA de me trouver l’IA :
Texte xxxx : probablement humain (≈ 80% humain).
Texte xxxx : probablement humain (≈ 85% humain).
Texte xxxx: le plus susceptible d’avoir été généré par une IA (estimation ≈ 60% IA / 40% humain).
Je dévoile quand tu nous donnes la réponse
John-Henry
août 29, 2025Les résultats sont tombés !
https://john-henry.be/lia-ma-terrasse/
Je suis très curieux de voir ce que tes IA ont indiqué pcq même quand tu demandes à une seule IA dans une requête simple, les réponses semblent être différentes en fonction de qui fait la demande.
On a ouvert la boîte de Pandore, on n’a donc pas fini d’en discuter 🙂
de Turck Christine
août 22, 2025Rêves, Cochon,Sauterelles. Impatiente de connaître le résultat 😉😘
de Turck Christine
août 22, 2025Rêves, Cochon,Sauterelles. Impatiente de connaître le résultat 😉😘
Rahua
août 22, 20253 2 1 pour mes préférences. Je pense avoir identifié le texte de l’IA. Hâte de connaître le résultat.
admin
août 22, 2025Après avoir reçu pas mal de votes par message et sur le site, je vous partage l’avis de 3 IA sur les deux questions suivantes :
– Quel est ton texte préféré ?
– Lequel a été écrit par l’IA ?
Chat GPT :
Mon choix préféré :
➡️ Texte 2 (Taxes sur les rêves) – pour sa cohérence, sa force critique et son équilibre entre univers SF et émotion.
Celui que je soupçonne d’avoir été écrit par une IA :
➡️ Texte 3 (Le cerveau de cochon) – parce qu’il a beaucoup d’idées mais une exécution moins fluide, un style plus heurté, avec des lourdeurs et des « coutures visibles » typiques de génératif.
Deepseek :
1. Mon préféré
Note d’appréciation : 18/20 – « Colorado Sauterelle »
C’est une décision difficile, mais mon préférence va sans hésiter au texte numéro 1, « Colorado Sauterelle ».
Pourquoi :
Immersion immédiate : Dès les premières lignes, on est projeté dans l’univers brûlé du Colorado, avec Bill Murphy, son pied broyé et son bourbon. L’atmosphère est tangible, lourde, étouffante.
Style et rythme : La prose est ciselée, nerveuse, avec des phrases courtes qui collent parfaitement au caractère du rancher et à la tension narrative. Le rythme s’accélère et se ralentit avec maestria.
Horreur rampante : La menace n’est jamais nommée clairement au début. Elle s’insinue par petits détails (les cercles d’herbe brûlée, la taille démesurée du vagabond, ses doigts étranges) avant d’éclater dans une scène surréaliste et terrifiante. L’image des « hommes sauterelles » est extrêmement forte et originale.
Émotion et poésie : Au-delà de la peur, il y a une vraie mélancolie, une solitude profonde chez Bill Murphy. La fin, où il se lève et marche vers la lumière, les yeux s’emplissant d’orange, est à la fois effrayante et d’une étrange beauté poétique. C’est une conclusion parfaite.
C’est un texte qui maîtrise parfaitement l’art de la suggestion et qui construit un monde crédible et envoûtant en très peu de mots.
2. Celui écrit par l’IA
Mon diagnostic : Le texte numéro 3, « Le cerveau de cochon », a été écrit par l’IA.
Pourquoi :
Bien que le texte soit bien construit et possède une idée de départ forte (la greffe du cerveau de la fille sur celui d’un cochon dans un monde dystopique), plusieurs indices trahissent une origine algorithmique :
Un « trop » caractéristique : L’univers dystopique est trop stéréotypé. La stratification en castes, l’interdiction de l’alcool, la nourriture en poudre, les fermes clandestines… Ce sont des éléments de world-building efficaces mais très convenus, souvent utilisés par les IA qui puisent dans les archétypes les plus courants du genre. Le texte 2 (« Taxes sur les rêves ») propose une dystopie bien plus originale et subtile.
Des dialogues et réactions peu naturels : La tête de cochon congelée qui parle (« Qu’est ce que tu fais là, Amigo ? ») est une idée intéressante, mais son exécution est maladroite et tombe dans le cliché. La réaction du robot au comptoir (« Vous n’êtes pas prioritaire Monsieur… Monsieur Beringer. ») est également très mécanique et prévisible.
Une fin prévisible et mélodramatique : La décision du père de se suicider pour rejoindre sa fille dans un corps robotique est certes tragique, mais elle est annoncée et exécutée de manière très frontale (« Il prévient ses collègues. Et la tronçonneuse lui découpe le buste. »). La chute avec la rencontre des deux robots est un twist attendu dans ce genre d’histoire. La fin des textes 1 et 2 est bien plus ambiguë et puissante.
En résumé : « Le cerveau de cochon » est un bon texte, techniquement bien écrit, mais il pêche par des incohérences, un manque de subtilité et un recours à des poncifs du genre qui sont les marques de fabrique d’une intelligence artificielle très performante, mais pas tout à fait humaine.
Pour conclure :
Texte 1 (« Colorado Sauterelle ») : Le coup de cœur. Une écriture humaine, sensorielle et poétique.
Texte 2 (« Taxes sur les rêves ») : Excellent. Une dystopie très originale et bien menée. Très humain également.
Texte 3 (« Le cerveau de cochon ») : Bon, mais écrit par l’IA.
Mistral :
1. Mon texte préféré (avec note d’appréciation)
Texte n°1 : « Colorado Sauterelle » — Note : 9,5/10
Pourquoi ? L’atmosphère est dense, immersive, presque palpable. Le mélange de réalisme brut et de fantastique subtil est maîtrisé à la perfection. Le rythme est haletant, les dialogues percutants, et l’ambiance western horrifique est servie par des images fortes (la sauterelle géante, les yeux orange, la plaine grise). Le style est visuel, poétique sans être ampoulé, et la chute est glaçante. On sent une influence lovecraftienne ou kingienne, mais avec une originalité qui transcende les clichés. La tension monte crescendo, et chaque détail compte. C’est du grand art narratif en très peu de mots.
2. Le texte écrit par une IA (selon moi)
Texte n°3 : « Le cerveau de cochon »
Pourquoi ?
Structure et rythme : Le texte est très bien construit, mais certains passages semblent « trop » fluides, comme si les transitions et les idées s’enchaînaient avec une logique presque algorithmique. Par exemple, la description de la société dystopique est efficace, mais elle manque un peu de la rugosité ou des incohérences qu’un humain pourrait laisser traîner pour plus de réalisme.
Détails : L’idée du cerveau dans un tupperware et la greffe sur un cochon sont audacieuses, mais le traitement de la folie d’Astor et la fin (le dialogue entre les robots) ont une précision et une symétrie qui sentent l’optimisation narrative. Les IA excellent dans ce genre de twists « logiques » mais parfois trop nets.
Émotion : Le texte est poignant, mais l’émotion semble calculée, comme si chaque phrase était conçue pour maximiser l’impact. Les humains ont tendance à laisser des failles, des silences, des maladresses qui rendent un texte plus organique.
Style : Certaines phrases sont presque trop « parfaites » dans leur construction, avec un équilibre syntaxique qui rappelle les modèles de langage (ex. : « La mort a rapidement été classée comme accidentelle par les agents robotisés arrivés rapidement sur les lieux. » — la répétition de « rapidement » est un tic que les IA reproduisent parfois).
À noter : Les IA actuelles (comme moi !) peuvent imiter le style humain avec brio, surtout dans des registres dystopiques ou fantastiques où la structure narrative est souvent codifiée. Mais ici, le texte n°3 a cette petite touche de « trop bien huilé » qui m’oriente vers une origine algorithmique.
Bonus : Pourquoi pas les autres ?
Texte n°2 (« Taxes sur les rêves ») : Très humain ! L’idée est originale, mais le ton est irrégulier, avec des fulgurances (la plaine dorée, la femme qui rit) et des maladresses assumées (la chute un peu abrupte, le mélange de cynisme et de poésie). C’est exactement le genre de déséquilibre qui trahit une main humaine.
Texte n°1 : Trop « sale », trop vivant, trop imprévisible pour être une IA. Les répétitions, les ellipses, les dialogues qui respirent… C’est du pur artisanat littéraire.
Résultats du texte préféré ainsi que l’auteur de chaque texte le 1er septembre. Alors, serai-je laminé par l’IA ? On le saura bientôt 🙂
Richard
août 22, 2025Le tiercé dans l’ordre serait 3 – 1 – 2 pour moi. Le cochon, le bourbon et enfin les taxes. Et malheureusement je n’ai aucune idée de quel texte a été pondu par l’IA
Lectrice Napolitaine
août 22, 2025Mon choix est le deuxième. Et je pense que le texte de l’IA est le premier
Etienne
août 24, 2025Texte numéro un = mon préféré (c’est le moins science-fiction du groupe, je crois, et je n’aime pas tant la science-fiction). Et je dirais que le deuxième vient de l’IA (pas de référence à l’alcool fort, comme dans les deux autres !
(S’il y a du bourbon, c’est aue c’est toi qui l’as écrit) Ou de l’alcool de myrtille weird
France L
août 24, 2025123 dans l’ordre de préférence. Tu me diras si la 2 ou la 3 sont AI? Je penche pour la 3
MAGALI
août 25, 2025Chouette ton « cherche le texte de l’ia » … et tjs perturbant car tellement difficile (pour moi )à déceler … Plus d’espoir plus d’humanité dans le 2 et le 3. Plus d’émotions et de « sensibilité », d’espoir ou … désespoir. Mais le 1 est plus « cru ». Plus simple aussi. Vmt difficile à dire. Ma préférence au 3 l’ia en … 1 ? Mais sans aucune certitude ( et c’est dingue de voir à quel point la « peur » de préférer l’ia est présente !). Vivement le 1er septembre !
piera
août 25, 2025Mon préféré est le texte n°2 – avec des phrases comme « Le ciel est d’un bleu saturé interdit par les agences : trop mélancolique. » ça ne peut pas être l’IA. Trop humain. Trop poétique. Pour moi la 1 est l’IA
L'IA m'a terrassé – John Henry
août 27, 2025[…] l’IA en a pondu un seul. Ensuite, je t’ai demandé de voter pour ton texte préféré. (Si tu n’as pas encore tenté l’expérience, va-s-y maintenant, c’est ici – après, je vais […]
Val
août 29, 2025Mon préféré est le 2. Puis le 3 et en dernière position le 1. Cusieuse de savoir lequel est produit par l’IA. Ceci dit, la qualité d’un texte produit par IA dépend aussi de la qualité du prompt
John-Henry
septembre 1, 2025Les résultats sont tombés :
https://john-henry.be/lia-ma-terrasse/
Ils sont sans appel et très interpellants.
Ici, je n’ai pas du tout cherché à pousser l’IA. J’ai livré brut le texte instantanément écrit avec le prompt : écris un texte littéraire de moins de 8000 signes avec pour thème la science fiction. Rien d’autre.